Exemple de pratique

L'énergie de la baroche : comment l'engrais de ferme et les bonbons aux herbes deviennent de l'électricité verte

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Dans le vaste paysage jurassien, Biogaz de la Baroche Sàrl pose de nouveaux jalons en matière de production d'énergie en circuit fermé, en transformant systématiquement les résidus organiques des exploitations agricoles locales et même les excédents de production de l'industrie alimentaire en précieuse énergie en ruban, créant ainsi un exemple impressionnant de création de valeur régionale et d'utilisation durable des ressources.

En se déplaçant dans le canton du Jura, on traverse de nombreux pâturages et forêts verdoyants. Les agglomérations sont rurales et de taille raisonnable. Mais ici, les exploitations agricoles peuvent être plus grandes que la moyenne suisse, comme celle de l'exploitation de production laitière, de bovins à l'engrais et de porcs de Jean-Pierre Cattin dans la commune de La Baroche.

Non loin des écuries, deux grands réservoirs de gaz dominent la cour. Leur forme arrondie et leur couleur verte font penser à des soucoupes volantes qui viennent d'atterrir. Ils sont fabriqués dans un matériau similaire à celui des bâches de camions, à la différence près que celles-ci doivent être beaucoup plus résistantes pour supporter la pression du gaz dans un réservoir de grande taille. Un hublot permet d'apercevoir vaguement la soupe de purin et de fumier solide, qui est constamment agitée par un agitateur mécanique.

Ricola aussi est là

Sur l'esplanade asphaltée, de gros tas de poussière de maïs blanche attendent d'être chargés dans l'installation de biogaz. En continuant la visite de l'installation, on découvre une quantité énorme de tentes Ricola, apparemment des rebuts de production de la fabrique de bonbons de Laufen ; un matériau qui, avec son papier de protection biodégradable, se prête à une fermentation.

A côté du garage pour véhicules agricoles, le bruit d'un moteur s'échappe d'un conteneur de fret maritime. C'est à l'intérieur qu'a été installée la centrale de cogénération. André Deroulers, associé et directeur de Biogaz de La Baroche Sàrl, créée en 2019, est visiblement satisfait de sa fiabilité : «La centrale de cogénération est en service depuis 13 mois et nous n'avons eu qu'une seule panne avec le compresseur de gaz. L'installation fonctionne pendant 7000 heures de service sur 360 jours».»

André Deroulers, fiduciaire agricole de profession, est membre d'Oekostrom Schweiz, l'association professionnelle du biogaz. Sa mission - en plus de ses activités quotidiennes - concerne les énergies renouvelables. Ce qui l'énerve, ce sont les longues procédures liées à la réalisation, de la première idée de projet jusqu'au démarrage de l'exploitation d'une installation de biogaz à part entière, y compris le couplage chaleur-force.

Du temps et de la patience sont nécessaires

Retour en arrière : en 2012, trois agriculteurs de la région se sont réunis. Ils ont discuté de la mise en place d'installations photovoltaïques sur leurs toits, jugées peu rentables, ainsi que de la création d'une installation de biogaz. Jean-Pierre Cattin et ses collègues ont fait établir un avant-projet et sont rapidement arrivés à la conclusion suivante : «Trop compliqué, nous ne pouvons pas nous en occuper». Déroulers connaissait ses clients, n'a pas abandonné et a poussé Cattin jusqu'à le convaincre de devenir co-investisseur. «Oui. Mais tu dois faire avancer le projet», était la condition de son interlocuteur. Demandes de permis de construire, études de projet, études de durabilité se sont succédé. Des connaissances juridiques sont également un avantage : en effet, le droit foncier rural a un effet restrictif sur les investisseurs non agricoles lorsqu'ils veulent participer à des projets énergétiques d'une ferme.

Entre le moment où le permis de construire a été délivré fin octobre 2016 et celui où l'exploitant du réseau Swissgrid a accepté d'injecter du courant électrique en juillet 2019, il a fallu supporter une longue période de transition. Sans promesse, pas de prêt de la Confédération ni de crédit bancaire. Puis - comme c'est souvent le cas pour les projets d'envergure - les conditions-cadres changent, ce qui a une influence sur la rentabilité de l'investissement. Suite à la modification de l'ordonnance sur la promotion de l'énergie (OPE) de la Confédération, le bonus thermique de 2,5 centimes par kWh d'électricité est devenu caduc à partir de janvier 2019 pour la rétribution du courant injecté. Celui-ci pouvait être revendiqué lorsque plus de 20% de la chaleur produite à partir de la biomasse était utilisée à des fins externes, que ce soit pour le séchage du bois, des céréales ou de la paille, pour la chaleur industrielle dans les fromageries ou pour l'injection dans un réseau de chaleur de proximité via un échangeur de chaleur.

D'abord l'électricité, ensuite la chaleur

«Actuellement, la vente d'électricité est notre seul revenu», explique Deroulers. L'entreprise de biogaz est elle-même responsable de la commercialisation de l'électricité, mais elle reçoit de l'organisme de promotion de la Confédération la différence entre le taux de rétribution de l'injection et le prix de référence du marché.

La valorisation économique de la chaleur reste cependant un sujet de préoccupation. Il y a des années, la société voisine Thermoréseau-Porrentruy SA a fait réaliser une étude pour un raccordement au chauffage à distance d'un site industriel situé non loin de là. Le concept : en été, la centrale de cogénération aurait couvert les besoins en chaleur toute l'année via une conduite d'un kilomètre, tandis qu'en hiver, un chauffage aux copeaux de bois aurait été actif. Pour des raisons de coûts, le projet est tombé à l'eau.

Une installation de séchage est prévue pour le foin, le blé et le maïs, un service pour les agriculteurs voisins ; il est également possible de sécher des copeaux de bois, un processus auquel Thermoréseau, l'exploitant du chauffage à distance mentionné plus haut, fait volontiers appel, car le réseau de la ville voisine de Porrentruy ne cesse de croître.

Sans coopération, rien ne va plus

Pierre Deroulers évoque également de nombreux obstacles et rebondissements inattendus dans l'histoire du projet de séchoir. L'idée initiale d'un investissement collectif de plusieurs agriculteurs a été abandonnée, car tous les bâtiments à construire et les investissements dans la ferme devaient être attribués à l'exploitation individuelle. La solution : conclure des contrats de location de dix ans pour certaines cellules du four à des intéressés externes ; une garantie pour l'obtention des crédits bancaires nécessaires. 

Sans collaboration avec les voisins, rien n'est possible dans une installation de biogaz dimensionnée pour de grandes quantités. Jusqu'à sept exploitations agricoles déposent régulièrement du fumier sur l'esplanade ; quatre autres le font sporadiquement. La société d'exploitation a également fait l'acquisition d'un camion-citerne qui amène du purin contre une taxe de transport. «Nous sommes ici dans une région de production laitière. Pour les agriculteurs, il est avantageux de pouvoir livrer le fumier et d'éviter les problèmes de stockage chez eux».»

En principe, il serait judicieux que les matières riches en nutriments restent dans le cycle de l'agriculture. En effet, les résidus de fermentation d'une installation de biogaz sont considérés comme des engrais de qualité. De plus, les stations d'épuration des eaux usées seraient déchargées de l'apport excessif de biomasse.

D'autres projets visant à améliorer la rentabilité sont en cours : par l'intermédiaire de Flecopower, la société de commercialisation d'électricité d'Oekostrom Suisse, l'entreprise veut se joindre à un pool pour l'énergie de réglage. «La rémunération pour cela a longtemps été très basse, presque symbolique. Mais il semble que cela va rapidement changer avec les problèmes croissants d'approvisionnement en énergie», affirme avec conviction le dynamique entrepreneur.

Le couplage chaleur-force de Biogaz de la Baroche Sarl en chiffres

 Puissance installée BHkW th   742 kW
Puissance installée de la centrale de cogénération el    732 kW
 Production d'électricité en 2020  441 MWh (1’121 heures de fonctionnement, mise en service oct. 2020)
Production d'électricité en 2021  4 161 MWh (7’537 heures de fonctionnement)
Plus d'informations :
Électricité verte Suisse
Bureau Suisse Romande
Pierre Deroulers
Rue de la Jeunesse 1, 2800 Delémont
pierre.deroulers@oekostromschweiz.ch
p.deroulers@hotmail.com

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